Élections législatives autrichiennes du 15 octobre 2017

Billet de blogue rédigé par Imah Ciré et Hamza Mahboub dans le cadre du cours POL3015 (automne 2017)

Introduction

Les élections législatives autrichiennes ont eu lieu le 15 octobre 2017 dans neuf Etats fédérés. L’Autriche, pays européen d’Europe centrale, a un Parlement bicaméral. La Chambre basse, appelée Nationalrat, est composée de 183 députés, élus pour cinq ans au suffrage universel direct. Les électeurs, âgés de 16 ans révolus, élisent leurs représentants selon le mode de scrutin proportionnel de listes fermées : à l’issue des résultats électoraux, le parti politique voit élire les candidats qu’il a préalablement choisi, selon leur ordre d’apparition sur la liste. En outre, les sièges sont attribués proportionnellement au nombre de voix obtenues par le parti politique. Toutefois, seuls les partis ayant atteint 4% des voix sont représentés au Parlement[1].

 

Le résumé de la campagne électorale

Des élections anticipées

Les dernières élections autrichiennes se sont tenues le 29 septembre 2013. Le mandat des députés étant de cinq ans, les prochaines élections auraient dû avoir lieu en 2018. Or, elles ont été avancées suite à la démission du vice-chancelier ÖVP (Parti populaire autrichien) et ministre de l’Économie, Reinhold Mitterlehner, le 10 mai 2017. En effet, les élections présidentielles autrichiennes de 2016 ont désavoué les partis traditionnels que sont l’ÖVP et le SPÖ (Parti social-démocrate). Les deux partis ont respectivement obtenu 11,12% et 11,28% des voix[2]. Ils ont été devancés par l’Indépendante Irmgard Griss, le FPÖ (Parti de la Liberté d’Autriche) représenté par Norbert Hofer et Les Verts d’Alexander Van der Bellen. Ce dernier gagne le second tour des élections avec 53,79% des voix. L’issue du scrutin pose la question de la refonte du parti et de la direction qu’il doit prendre face à une montée des partis alternatifs et de l’extrême droite. Or, les membres du parti ÖVP remettent en question les capacités du vice-chancelier à diriger la coalition gouvernementale ÖVP-SPÖ et à régler la crise des partis traditionnels[3].

Il est remplacé par le conservateur Sebastian Kurz, alors ministre de l’Europe, de l’Intégration et des Affaires étrangères. Ce dernier demande au chancelier Christian Kern du SPÖ, la tenue d’élections anticipées afin que " les grandes décisions sur la direction que doit prendre le pays [soient] confiées aux électeurs "[4].

 

Le renouveau politique et la bataille des « droites »

Sebastian Kurz, 31 ans, s’impose comme une figure montante du parti ÖVP. Il incarne le changement dans son style vestimentaire et ses paroles. Il veut éloigner le parti de la position centriste qu’il occupait jusqu’alors pour affirmer sa politique conservatrice. Cette nouvelle posture politique le mène à rivaliser avec son adversaire Heinz-Christian Strache du FPÖ, qui tient lui aussi une ligne très conservatrice[5].

Bien que l’Autriche soit un pays économiquement prospère – un PIB de 45000 euros par habitant – les citoyens autrichiens s’inquiètent de la crise migratoire. C’est pour cela que l’immigration a été le thème de campagne le plus discuté. La position du candidat ÖVP est claire : une fermeture des frontières par la Méditerranée et les Balkans pour empêcher les migrants de regagner l’Europe, diminuer les aides sociales allouées aux migrants[6]. Ces mesures politiques sont proches du parti FPÖ. D’ailleurs, ce parti d’extrême-droite accuse Sebastian Kurz de « plagier » [7] leur programme.

La bataille des « droites » et la position dominante de la droite conservatrice sont observées dans les sondages. En effet, ces derniers prédisent une victoire du ÖVP à 32,9% des voix. La deuxième place se joue entre le SPÖ avec 24,1% des voix et le FPÖ, 23,5%. Le SPÖ est donc affaibli par rapport aux élections législatives de 2013 où il obtient le plus de voix, soit 26, 82% contre 24% pour l’ÖVP.

 

Evolution des intentions de vote pour les législatives en Autriche[8]

 

Le parti social-démocrate affaibli par un scandale

Le Parti social-démocrate est talonné par l’extrême-droite. Il est d’autant plus affaibli qu’un scandale éclate pendant la campagne. Un conseiller du chancelier social-démocrate Christian Kern « est accusé d’avoir monté des sites Internet destinés à dénigrer Sebastian Kurz et propageant des commentaires xénophobes et antisémites »[9].

Par ailleurs, le SPÖ perd la possibilité de faire partie d’une coalition gouvernementale puisque Sebastian Kurz déclare mettre fin aux alliances centristes avec le parti social-démocrate. Malgré les tentatives du SPÖ, d’axer sa campagne sur les inégalités et la mondialisation et à se positionner comme un véritable parti de l’opposition, la droite est en position de force[10].

 

La présentation des partis politiques

 

Les partis politiques traditionnels en lice[11]

En plus de l’ÖVP de Sebastian Kurz et du SPÖ représenté par Christian Kern, trois autres partis tiennent une place importante dans le paysage politique autrichien : le FPÖ, extrême-droite du prothéiste dentaire Heinz-Christian Strache, le NEOS de centre-libéral, représenté par son fondateur Matthias Strolz et le Parti Vert Die Grünen de l’ancienne députée européenne Ulrike Lunacek.

D’autres partis politiques existent et participent aux élections législatives, mais n’obtiennent pas de sièges au Parlement. Parmi eux, le Parti communiste KPÖ, le Parti Socialiste de gauche SLP, le Parti chrétien d’Autriche CPÖ, le Parti nationaliste de gauche EUAUS ainsi que le Parti M de tendance gauchiste[12].

 

La création de nouvelles listes[13]

Une des particularités de cette élection est la création de nouveaux partis politiques ou listes dissidentes. En effet, la Liste PILZ, de centre-gauche est créée par l’ancien député écologiste Peter Pilz suite à des dissensions au sein du Parti Vert. Il en va de même pour le FLÖ d’extrême-droite, fondé par Karl Schnell suite à son exclusion du Parti FPÖ en 2015.

D’autres listes voient le jour, tels que GILT « mon vote compte » de gauche, du comédien Roland Düringer, Les Blancs de WEISSE sous la direction d’anciens membres de la Team Stronach, parti politique qui ne s’est pas présenté aux élections législatives de 2017, Le Mouvement pour l’Avenir NBZ et les Sans-abris en politique ODP.

Les partis politiques sont au nombre de 16 lors des législatives de 2017 alors qu’ils n’étaient que 14 en 2013 : 4 partis ne se sont pas représentés et 6 se sont créés.

 

Les résultats des élections législatives autrichiennes[14]

 

Les « mouvements » politiques émergents

Les élections autrichiennes confirment la bataille des « droites » et la présence de listes dissidentes. On peut prendre deux exemples. Le premier concerne les résultats serrés entre le SPÖ et le FPÖ. Les sociaux-démocrates obtiennent 26,9% des voix et 52 sièges au Parlement contre seulement un siège de moins pour le FPÖ avec 26%. L’ÖVP, quant à lui, gagne les élections avec un score de 31,5% et l’obtention de 62 sièges au Parlement[15]. Ces présents résultats nous montrent d’une part, que les élections législatives autrichiennes de 2017 sont une victoire de la droite. D’autre part, les sociaux-démocrates, bien qu’ayant connu une chute par rapport à 2013, se positionne toujours comme force dominante, en l’occurrence, comme une force de l’opposition. Le second exemple est celui du Parti Vert qui se retrouve derrière la nouvelle liste PILZ. Ce parti réussit à obtenir 8 sièges au Parlement alors que le Parti Vert n’atteint pas le seuil de 4%. On peut également noter le bon score électoral de la nouvelle liste GILT même si elle n’est pas représentée au Parlement. Ces résultats confirment, avant tout le scepticisme des électeurs envers les partis traditionnels et la montée des « mouvements politiques ». D’où la stratégie de Sebastian Kurz, d’avoir recours à cette expression plutôt qu’à celle de « parti » pendant sa campagne[16].

 

Le nombre effectif de partis (ENEP)

L’ENEP correspond à 4,13. Le résultat élevé du nombre effectif de partis coïncide avec le système électoral autrichien qu’est la proportionnelle de liste[17]. Ce résultat est faible par rapport aux élections législatives de 2013 (5,15) et 2008 (4.79)[18]. Ceci peut s’expliquer par le fait que les résultats électoraux sont serrés entre le SPÖ et le FPÖ ainsi que NEOS et la liste PILZ tandis qu’un seul parti l’ÖVP monopolise une grande partie des voix et des sièges.

 

L’indice de disproportionnalité

L’indice de disproportionnalité est égal à 3,73. Ce résultat est faible. Toutefois, on remarque une différence élevée entre le pourcentage de sièges et le pourcentage de votes du Parti Vert. Cela est probablement dû au seuil électoral. En effet, ce parti a manqué d’être représenté au Parlement de 0.20% de voix. De ce fait, le seuil électoral a été en sa défaveur[19].

 

Bibliographie

 

Sources officielles

2017. « Autriche, le paysage politique ». Disponible sur : http://www.bibliomonde.com/donnee/autriche-paysage-politique-153.html (consulté le 15 novembre 2017)

Bundesministerium für inneres. 2017. « Nationalratswahl 2017 ». Disponible sur : https://wahl17.bmi.gv.at/ (consulté le 15 novembre 2017)

Bundesministerium für inneres. 2016. « Bundespräsidentenwahl 2016 ». Disponible sur : http://wahl16.bmi.gv.at/ (consulté le 16 novembre 2017)

Fondation Robert Schuman. 2017. « Autriche : vers le retour d'une coalition Parti populaire (ÖVP) - Parti libéral (FPÖ) ? ». Par le Centre de Recherches et d’études sur Europe. Disponible sur : https://www.robert-schuman.eu/fr/questions-d-europe/0443-autriche-vers-le-retour-d-une-coalition-parti-populaire-uvp-parti-liberal-fpu (consulté le 15 novembre 2017)

Nationalratswahl 2017. 2017. « Männerpartei & Nationalratswahl 2017 ». Disponible sur : http://www.nationalratswahl.at/maennerpartei.html (consulté le 16 novembre 2017)

2017. « Nationalratswahl 2017 in Österreich ». Disponible sur :

http://www.nationalratswahl.at/Union interparlementaire. 2017. « AUTRICHE Nationalrat (Conseil national) ». Disponible sur : http://archive.ipu.org/parline-f/reports/1017.htm (consulté le 15 novembre 2017)

 

Sources médiatiques

Alsace Actu. 2017. « Législatives en Autriche : le jeune Sebastian Kurz futur chancelier? ». Disponible sur : https://alsace-actu.com/legislatives-en-autriche-le-jeune-sebastian-kurz-futur-chancelier/ (consulté le 15 novembre 2017)

2017. « Autriche : l'immigration, enjeu majeur d'une économie prospère ». Dans Le Figaro, International. Disponible sur : http://www.lefigaro.fr/international/2017/10/13/01003-20171013ARTFIG00304-l-immigration-enjeu-politique-et-economique-d-une-autriche-prospere.php (consulté le 15 novembre 2017).

2017. « Le vice-chancelier autrichien démissionne ». Dans Le Monde, Europe. Disponible sur : http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/05/10/autriche-le-vice-chancelier-mitterlehner-demissionne_5125552_3214.html (consulté le 15 novembre 2016)

2017. « Autriche : la redistribution des richesses en débat ». Dans Le Monde, Économie. Disponible sur : http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/10/12/autriche-la-redistribution-des-richesses-en-debat_5199895_3234.html (consulté le 15 novembre 2017)

2017. « Autriche : les conservateurs invitent l’extrême droite à former un gouvernement ». Dans Le Monde, Europe. Disponible sur : http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/10/24/autriche-le-conservateur-sebastian-kurz-appelle-l-extreme-droite-a-des-negociations_5205164_3214.html (consulté le 15 novembre 2017)

Knolle, Murphy. 2017. « Autriche: Élections législatives en forme de débat sur l'immigration ». Dans Challenges, Monde. Disponible sur : https://www.challenges.fr/monde/autriche-elections-legislatives-en-forme-de-debat-sur-l-immigration_506416 (consulté le 15 novembre 2017)

2017. « Législatives en Autriche : la droite en position de force ». Dans Le Figaro, International. Disponible sur : http://www.lefigaro.fr/international/2017/10/14/01003-20171014ARTFIG00021-legislatives-en-autriche-la-droite-en-position-de-force.php (consulté le 15 novembre 2017)

2017. « Une participation de l’extrême droite au gouvernement en Autriche est probable ». Dans Le Monde, Europe. Disponible sur : http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/10/15/une-participation-de-l-extreme-droite-au-gouvernement-en-autriche-est-probable_5201231_3214.html (consulté le 15 novembre 2017)

RT News. 2017. « Autriche : les populistes anti-immigration seraient troisièmes, la droite conservatrice l'emporte ». Disponible sur : https://francais.rt.com/international/44588-autriche-conservateurs-sebastian-kurz-remportent (consulté le 15 novembre 2017)

2017. « Autriche : l'extrême droite aux portes du gouvernement ». Dans Le Parisien, International. Disponible sur : http://www.leparisien.fr/international/autriche-l-extreme-droite-aux-portes-du-gouvernement-14-10-2017-7331220.php (consulté le 15 novembre 2017)

 

Notes

[1] Union interparlementaire. 2017. « AUTRICHE Nationalrat (Conseil national) ». Disponible sur : http://archive.ipu.org/parline-f/reports/1017.htm

[2] Bundesministerium für inneres. 2016. « Bundespräsidentenwahl 2016 ». Disponible sur : http://wahl16.bmi.gv.at/

[3] Gauquelin. 2017. « Le vice-chancelier autrichien démissionne ». Dans Le Monde, Europe. Disponible sur : http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/05/10/autriche-le-vice-chancelier-mitterlehner-demissionne_5125552_3214.html

[4] Fondation Robert Schuman. 2017. « Autriche : vers le retour d'une coalition Parti populaire (ÖVP) - Parti libéral (FPÖ) ? ». Par le Centre de Recherches et d’études sur Europe. Disponible sur : https://www.robert-schuman.eu/fr/questions-d-europe/0443-autriche-vers-le-retour-d-une-coalition-parti-populaire-uvp-parti-liberal-fpu

[5] Licourt. 2017. « Législatives en Autriche : la droite en position de force ». Dans Le Figa-ro, International. Disponible sur : http://www.lefigaro.fr/international/2017/10/14/01003-20171014ARTFIG00021-legislatives-en-autriche-la-droite-en-position-de-force.php

[6] Bohineust. 2017. « Autriche : l'immigration, enjeu majeur d'une économie prospère ». Dans Le Figaro, International. Disponible sur : http://www.lefigaro.fr/international/2017/10/13/01003-20171013ARTFIG00304-l-immigration-enjeu-politique-et-economique-d-une-autriche-prospere.php

[7] Licourt. 2017. « Législatives en Autriche : la droite en position de force ». Dans Le Figaro, International. Disponible sur : http://www.lefigaro.fr/international/2017/10/14/01003-20171014ARTFIG00021-legislatives-en-autriche-la-droite-en-position-de-force.php

[8] Alsace Actu. 2017. « Législatives en Autriche : le jeune Sebastian Kurz futur chancelier? ». Disponible sur : https://alsace-actu.com/legislatives-en-autriche-le-jeune-sebastian-kurz-futur-chancelier/

[9] Licourt. 2017. « Législatives en Autriche : la droite en position de force ». Dans Le Figaro, International. Disponible sur : http://www.lefigaro.fr/international/2017/10/14/01003-20171014ARTFIG00021-legislatives-en-autriche-la-droite-en-position-de-force.php

[10] Gauquelin. 2017. « Autriche : la redistribution des richesses en débat ». Dans Le Monde, Économie. Disponible sur : http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/10/12/autriche-la-redistribution-des-richesses-en-debat_5199895_3234.html

[11] Bundesministerium für inneres. 2017. « Nationalratswahl 2017 ». Disponible sur : https://wahl17.bmi.gv.at/

[12] Nationalratswahl 2017. 2017. « Männerpartei & Nationalratswahl 2017 ». Disponible sur :  http://www.nationalratswahl.at/maennerpartei.html

[13] Fondation Robert Schuman. 2017. « Autriche : vers le retour d'une coalition Parti populaire (ÖVP) - Parti libéral (FPÖ) ? ». Par le Centre de Recherches et d’études sur Europe. Disponible sur : https://www.robert-schuman.eu/fr/questions-d-europe/0443-autriche-vers-le-retour-d-une-coalition-parti-populaire-uvp-parti-liberal-fpu

[14] Nationalratswahl. 2017. « Nationalratswahl 2017 in Österreich ».   Disponible sur : http://www.nationalratswahl.at/

[15] Bundesministerium für inneres. 2017. « Nationalratswahl 2017 ». Disponible sur : https://wahl17.bmi.gv.at/

[16] Cf. Annexe (1)

[17] Cf. Annexe (3)

[18] Cf. https://www.tcd.ie/Political_Science/staff/michael_gallagher/ElSystems/Docts/ElectionIndices.pdf (p. 5)

[19] Cf. Annexe (2)

Ce contenu a été mis à jour le 5 décembre 2017 à 13 h 21 min.

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